Diagonales, magazine romand de la santé mentale

Entre sécurité et bienveillance

Le placement à des fins d’assistance est la disposition légale la plus sécuritaire du nouveau droit de protection de l’adulte. Il restreint la liberté individuelle de manière exceptionnelle et provisoire (normalement). Il se situe à la frontière du devoir de protection et des exigences liées à la sécurité et à l’ordre public.

Cette mesure est prévue par la loi en dernier recours, quand toute autre possibilité a été épuisée. Or, à partir de quand décide-t-on que la limite est atteinte pour imposer une telle protection? La réponse fait appel à une certaine subjectivité. Et la balance penche souvent vers des préoccupations d’ordre sécuritaire avec pour idéal le risque zéro.

Destiné à protéger une personne quand elle représente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le placement peut s’avérer utile quand survient un moment de crise aiguë et que le discernement est perturbé. Il devrait être levé rapidement quand une forme de stabilité a été retrouvée. C’est dans ce sens que va la loi depuis 2013, puisque son réexamen est désormais prévu tous les six mois au moins. Certaines autorités de protection semblent cependant encore frileuses face à la «prise de risque» qu’implique une levée de mesure, ce qui peut amener à des situations bloquées.

Des alternatives aux placements semblent également difficiles à faire accepter. Le nouveau droit prône pourtant le principe de l’autodétermination et une prise en charge plus individualisée des personnes concernées. Ces dernières devraient être considérées comme partenaires à part entière dans les soins. Dans ce cas, la contrainte est-elle réellement l’outil adéquat pour parvenir à une collaboration constructive? Et qu’en est-il de ceux qui refusent toute prise en charge et tout traitement? A partir du moment où ils ne représentent pas un danger pour les autres, ne devraiton pas tolérer des choix de vie différents de la norme sociale établie?

La mise en application des mesures de placement soulève un certain nombre de questions. Et des aménagements semblent nécessaires pour réellement servir les intérêts des individus.

Nadia Ben Said
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Sortir des préjugés

Les stéréotypes et préjugés sont l’apanage de l’être humain. Ce dernier projette des images toutes faites sur certains groupes de personnes. Cette schématisation lui permet de simplifier ses interactions et de donner un sens au monde qui l’entoure.

Et il n’hésite pas à définir avec des attributs négatifs ceux qui sont considérés comme «hors norme». Se rassurant ainsi sur sa propre «normalité».

Le rôle des médias est important dans la diffusion et la consolidation de ces schémas de pensée. Une majorité reflète l’opinion dominante pour faire adhérer le public et vendre. Et les patients psychiques n’échappent pas à cette stigmatisation. Ils sont affublés d’images dévalorisantes de dépendance, ou pire, de dangerosité et de violence. Des événements exceptionnels sont surmédiatisés pour répondre au besoin, plus accrocheur, de sensationnel. Ces faits divers marquent ainsi l’inconscient collectif. Ils viennent nourrir et confirmer les stéréotypes existants.

Diverses études réalisées dans le monde montrent pourtant que seuls «0,5% à 5% des crimes commis le sont par des personnes atteintes dans leur santé mentale. Et aucun lien entre diagnostic psychiatrique et passage à l’acte violent n’a été prouvé. Par contre, un patient psychique a nettement plus de risques d’être victime d’un crime que le reste de la population», relève Christian Staerklé, professeur de psychologie sociale à l’UNIL.

Ainsi, les idées reçues ont la vie dure. Et l’évolution des mentalités est progressive. Certes, les droits des minorités sont aujourd’hui considérés comme étant plus légitimes dans l’opinion publique. La mobilisation de la société civile y a contribué. Mais il reste passablement de chemin à parcourir. La paresse cognitive guette chacun de nous. Et un exercice régulier paraît donc nécessaire pour tendre vers l’idéal d’une pensée plus complexe et plus nuancée.

Nadia Ben Said
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Le paysage de la psychiatrie se redessine

En Suisse romande, la Journée mondiale de la santé mentale célèbre cette année l’expérience perçue comme une ressource mise au service des autres. Les pairs aidants sont l’expression par excellence de cette vision: ils ont traversé la souffrance psychique, se sont rétablis et mettent cette expérience au profit de leurs semblables.

Adoptée par les milieux associatifs depuis une dizaine d’année, ce concept commence tout juste à se développer au sein des instances officielles de santé publique. Il n’existe pour l’instant aucune donnée chiffrée sur cette pratique. Le Département de psychiatrie sociale du CHUV, précurseur dans le domaine, collabore avec des pairs aidants depuis 2007. Les préjugés persistent cependant, même au sein du corps médical. Ailleurs dans le monde, certains pays sont passés à l’étape supérieure en professionnalisant ce rôle. C’est notamment le cas de la Grande-Bretagne ou du Canada qui ont légiféré en la matière.

La nouvelle formation certifiante enseignée à la Haute école de travail social et de la santé (EESP) de Lausanne marque un tournant décisif: un nouveau métier voit le jour, celui de «pair praticien en santé mentale».

Un changement de conception dans la prise en charge des patients psychiques est en train d’être amorcé. Mais l’intégration progressive des pairs praticiens dans le système socio-sanitaire nécessite une réflexion en profondeur. Et elle exige un dispositif d’accompagnement pour sa reconnaissance par les institutions.

Une révolution est donc bel et bien en marche dans le domaine de la santé mentale romande. Le patient est placé au centre des réflexions et il est considéré comme un partenaire à part entière. La filière de psychiatrie cantonale en construction en est l’exemple concret. Une logique nouvelle qui va «certainement modifier en profondeur tout le système sanitaire ces prochaines années», selon le Dr Jacques Gasser, chef du Département de psychiatrie du CHUV.

Nadia Ben Said
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Société et santé psychique: quel avenir?

Voilà douze ans que «Diagonales» traite de l’actualité de la santé mentale en Suisse romande. Sa mission: relater les mouvements qui traversent ce domaine en mettant un accent sur l’aspect social. Cette édition spéciale célèbre le 100e numéro. L’occasion de jeter un regard sur le chemin parcouru et les enjeux à venir.

Les associations de défense des patients psychiques se battent depuis de nombreuses années pour améliorer leurs conditions. Porteuses d’une vision nouvelle de la psychiatrie, elles offrent des espaces de reconstruction individuelle et favorisent l’émergence d’actions collectives. Au coeur de ce modèle: le rétablissement renforcé par les ressources et compétences de la personne, et l’intégration dans la communauté. Le patient-citoyen est né et s’implique à tous les niveaux de la société. Un type d’expertise inédit se développe, celui des personnes en souffrance psychique et des proches. Des experts désormais invités à donner leurs avis au sein d’espaces consultatifs. Leur intégration dans des instances décisionnelles reste cependant rare. Cette nouvelle conception de la santé mentale s’est étendue à divers domaines. Les pratiques psychothérapiques ont évolué, considérant la relation médecin/patient comme une rencontre de deux savoirs. Et les assurances sociales ont franchi un cap décisif puisque l’AI met désormais l’accent sur la réinsertion.

Malgré ces avancées, la logique économique dominante se généralise à l’ensemble des secteurs d’activités. Elle se manifeste par une érosion du système des protections sociales et un retour des pratiques d’assistance. L’Assurance invalidité a subi d’importantes révisions, avec pour seule perspective son assainissement financier. Avec ce raisonnement comptable, nombre d’individus ont été privés de l’accès à l’AI, ce qui implique pour certains un recours à l’aide sociale. En parallèle, les lobbies économiques tentent de soustraire les entreprises aux mesures d’intégration des personnes invalides. Les professionnels de la santé font davantage l’objet de contrôles et doivent rendre des comptes. Ce qui peut les inciter à prescrire des traitements plus courts. Le risque étant de privilégier l’aspect financier au détriment des besoins réels des patients.

Dans ce climat, il est primordial de replacer l’être humain au centre des réflexions. Et de continuer à travailler sur la déstigmatisation des individus touchés dans leur santé psychique. Une réorganisation du système de santé est aussi nécessaire. Elle doit permettre un meilleur accès aux soins à une population dont les risques d’isolement et de marginalisation restent importants. Le mouvement est lancé au sein des services hospitaliers. Ils s’adaptent mieux à la demande et proposent un accompagnement plus adéquat aux patients sortant de l’hôpital psychiatrique pour les intégrer dans un réseau social et sanitaire.

Nadia Ben Said
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