Diagonales, magazine romand de la santé mentale

Une bulle de souffrance

«Les personnes qui consultent ont perdu leurs repères ― à un point tel que, parfois, elles ne se reconnaissent plus. Notre intervention les aide à retrouver leurs marques.» Comme le souligne le Dr Laurent Michaud, les patients des urgences psychiatriques sont désemparés, voire isolés dans une bulle de souffrance. Dans un tel contexte, l’accueil et l’écoute revêtent une importance absolument cruciale. Il s’agit de comprendre la détresse du patient et de l’aider à surmonter l’épreuve qu’il traverse.

Dans certains cas, une seule consultation suffit et permet d’éviter des complications telles qu’une dépression. Dans d’autres, les urgences psychiatriques assurent un suivi durant les semaines de crise. Parfois, une hospitalisation s’impose.

Cette prise en charge de l’urgence nécessite des synergies étroites entre le corps médical, les intervenants sociaux et la police. «Diagonales» examine cette collaboration, sur la base notamment d’un reportage au Centre d’urgences psychiatriques de Neuchâtel.

Notre dossier spécial bat en brèche quelques idées reçues. Non, les urgences psychiatriques ne sont pas un lieu violent; il n’y a pas plus de violence dans ces services qu’au sein des unités somatiques. Non, les idées suicidaires n’impliquent pas forcément un séjour à l’hôpital; une prise en charge ambulatoire, et surtout une solide alliance thérapeutique, peuvent suffire. Non, les urgences psychiatriques ne sont pas fréquentées par des fous; chacun peut être amené, un jour, à recourir aux urgences. Vous… comme moi.

Alexandre Mariéthoz

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Êtes-vous vraiment une femme (ou un homme)?

Et si l’auteur de ces lignes était aussi une femme? La question vous semble incongrue? Vous changerez probablement d’avis en lisant notre dossier spécial sur le genre.

L’idée prévaut encore que l’on est soit homme à 100%, soit femme à 100%. La réalité est plus complexe et nuancée. La différenciation sexuelle se base sur plusieurs facteurs (voir en page 4), qui vont bien au-delà de ce qui se trouve dans notre pantalon. Notre identité de genre se situe, selon la Dre Erika Volkmar, sur un continuum entre un 100% masculin et un 100% féminin: «Entre ces deux extrêmes, toutes les variantes sont possibles et contribuent à la diversité humaine.»

Sur le plan international, les bonnes surprises viennent parfois de contrées inattendues. En 2012, l’Argentine fut le premier pays à autoriser ses citoyens transgenres à choisir leur genre et à changer d’état civil sans accord médical ni juridique. L’Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, reconnaît cinq genres. Plus à l’ouest, l’Iran pratique depuis longtemps des opérations de réassignation sexuelle. Quant à la Suisse, elle avance… à petits pas.

Au-delà du droit, notre dossier se focalise sur des êtres humains qui se sentent plutôt homme, plutôt femme, un peu des deux, ou ni l’un ni l’autre. Et sur des enfants qui, animés par une «certitude étrange» souvent observée par le professeur François Ansermet, aspirent sereinement à une opération de réassignation sexuelle.

Dans quelques décennies, les discriminations à l’encontre des personnes transgenres seront perçues comme une aberration historique. Pour autant que de réels efforts de prévention et de sensibilisation soient entrepris ― et que nous admettions tous avoir, en nous, une part de masculin et de féminin.

Alexandre Mariéthoz

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mercredi, 07 septembre 2016

Diagonales 113, dossier: le bruit

Le bruit, fléau ou bouc émissaire ?

Vos voisins font la fête jusqu’à 2 heures du matin? Vous habitez à proximité d’un aéroport? Votre fiston découvre Metallica? Notre dossier spécial devrait vous intéresser.

Fléau des temps modernes pour certains, bouc émissaire d’une société vieillissante et stressée pour d’autres, le bruit ne laisse personne indifférent. À juste titre: au-delà de certains seuils, il augmente les risques de maladies cardio-vasculaires et de diabète, affecte les facultés d’apprentissage et peut favoriser l’émergence d’une dépression.

Pourtant, en dépit d’un sursaut dans les années 1960, le bruit a diminué depuis un siècle. Aujourd’hui, nous explique un psychologue de l’Office fédéral de l’environnement, les trains font moins de vacarme et de nouveaux revêtements routiers atténuent les nuisances sonores du trafic automobile.

Le bruit est riche en paradoxes, rappelle un spécialiste de l’aménagement du territoire. Lorsque nous en sommes protégés, notre tolérance à son égard diminue: qui n’a jamais, après une journée dans un bureau insonorisé, tressailli en sortant dans la rue? Et que dire de ces citadins — dont vous faites peut-être partie — qui aspirent à un centre-ville animé, puis au calme de la campagne une fois rentrés chez eux?

Notre dossier met en évidence un autre paradoxe: la musique extrême aide à accéder au calme intérieur. «Le metal nous apaise très vite», confient le chanteur et la chanteuse d’un groupe de death metal iranien, persécutés par les mollahs et actuellement réfugiés à Istanbul.

Cela dit, le silence et la méditation comportent, eux aussi, de solides vertus — que nous dévoile un enseignant bouddhiste québécois. Bref, nul besoin de choisir entre le ramdam et le silence. Les deux approches peuvent s’avérer apaisantes. Ou seulement l’une d’entre elles. Car, et c’est l’un des principaux enseignements de notre dossier, nous sommes inégaux face au bruit.

Alexandre Mariéthoz

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Le choc de la migration

Une migration n’est jamais anodine. Quelles qu’en soient les raisons. Elle implique un déracinement, des changements d’habitude, de culture, des nouveaux repères à trouver, un réseau à retisser, une nouvelle place sociale à définir.

Alors, quand la migration est forcée, qu’elle est synonyme de fuite pour échapper à l’extrême pauvreté, à la violence, à la menace, à la mort; quand elle implique un long voyage, périlleux et épuisant; quand au bout du chemin l’accueil est frileux, que le risque d’être renvoyé à la case départ est permanent... la rupture est d’autant plus abrupte, l’isolement plus important, les conséquences psychiques quasi inévitables. «En quittant mon pays, j’ai tout perdu», illustre Fidel dans le témoignage que nous publions dans ce dossier consacré à la migration et à son impact psychique.

La dépression, les troubles anxieux, le syndrome de stress post-traumatique sont d’ailleurs fréquents parmi les migrants forcés et, en particulier, les personnes dont la situation relève du domaine de l'asile. Les deux médecins spécialistes interviewés dans notre dossier sont unanimes à ce sujet. Les comportements à risque, comme la consommation de stupéfiants, sont eux aussi répandus, expressions d’un mal-être profond.

Pour répondre à cette détresse, des établissements se sont spécialisés dans la prise en charge des migrants, comme le Centre pour les populations vulnérables, à Lausanne, ou le Centre ambulatoire de psychiatrie et psychothérapie de La Servette, attenant aux HUG à Genève. Des associations comme Appartenances font également un travail remarquable, proposant des consultations individuelles, des prises en charge à long terme, et oeuvrant pour la prévention de la santé chez les migrants. Sans compter le travail indispensable que fait Médecins sans Frontières pour soutenir les réfugiés dans les camps proches des zones de conflits et pour redonner un semblant de normalité à leur vie.

Reste que de nombreux migrants (sur)vivent encore chez nous sans aucun accompagnement socio-psychologique, alors qu’ils en auraient besoin. Par isolement, pour des raisons culturelles, par sentiment de honte, par manque d’information. Des efforts pour renforcer l’accès aux soins sont actuellement déployés. Il est urgent de continuer sur cette voie et, plus généralement, d’améliorer les conditions d’accueil des migrants et des personnes qui dépendent du droit d’asile pour, enfin, adoucir quelque peu le choc de leur migration.

Stéphanie Romanens-Pythoud

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Tout est dans le dosage

Faire du sport participe indéniablement à une bonne hygiène de vie. C’est bon pour le corps, mais aussi pour la tête. La satisfaction de l’effort accompli, la détente tant corporelle que psychique sont quelques-uns des bénéfices ressentis après un effort physique.

Nous le savons probablement tous, intuitivement et/ou par expérience. Et pourtant... Qui peut affirmer ne jamais s’être trouvé des excuses pour éviter l’effort? Alors, quand la maladie psychique frappe et qu’il devient même difficile de trouver la force pour se lever le matin, pas étonnant que la pratique d’un sport devienne impensable, un horizon inatteignable.

Il est néanmoins désormais prouvé que renouer avec une activité physique régulière contribue au rétablissement. Faire une courte promenade ou simplement s’adonner à une activité ménagère simple peut suffire. L’essentiel est de se mettre en mouvement en douceur, de retrouver progressivement un rythme, d’oxygéner son cerveau, d’éprouver à nouveau, peu à peu, de l’autosatisfaction et du plaisir. Notre dossier consacré aux effets du sport sur la santé mentale le montre bien.

Comment mettre le pied à l’étrier quand on vit seul, ou lorsqu’on n’a plus goût à rien et que l’on n’éprouve plus aucune motivation? C’est là que l’entourage peut jouer un rôle important. Des initiatives comme les marches hebdomadaires organisées au Graap ou les activités proposées par d’autres organismes peuvent également aider la personne à faire le premier pas.

À un autre niveau, la santé mentale est également un enjeu essentiel pour les personnes qui pratiquent un sport à haute dose, comme les sportifs professionnels. Pour gagner, ils doivent bien sûr travailler leur corps, mais ils doivent aussi se sentir forts, invincibles et apprendre à cacher leurs faiblesses lorsqu’elles surviennent... Un jeu qui n’est pas sans conséquence. Les burn-out, les dépressions et les addictions sont fréquents dans ce milieu. Des problèmes que l’on trouve également parmi les sportifs amateurs. Selon le psychologue Lucio Bizzini, 4% de la population sportive serait touchée par une addiction au sport ou présenterait des comportements à risques.

Alors oui, le sport est nécessaire et bénéfique pour chacun, à tous les niveaux. Encore faut-il savoir doser sa pratique.

Stéphanie Romanens-Pythoud

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