Diagonales, magazine romand de la santé mentale

mercredi, 07 septembre 2016

Diagonales 113, dossier: le bruit

Le bruit, fléau ou bouc émissaire ?

Vos voisins font la fête jusqu’à 2 heures du matin? Vous habitez à proximité d’un aéroport? Votre fiston découvre Metallica? Notre dossier spécial devrait vous intéresser.

Fléau des temps modernes pour certains, bouc émissaire d’une société vieillissante et stressée pour d’autres, le bruit ne laisse personne indifférent. À juste titre: au-delà de certains seuils, il augmente les risques de maladies cardio-vasculaires et de diabète, affecte les facultés d’apprentissage et peut favoriser l’émergence d’une dépression.

Pourtant, en dépit d’un sursaut dans les années 1960, le bruit a diminué depuis un siècle. Aujourd’hui, nous explique un psychologue de l’Office fédéral de l’environnement, les trains font moins de vacarme et de nouveaux revêtements routiers atténuent les nuisances sonores du trafic automobile.

Le bruit est riche en paradoxes, rappelle un spécialiste de l’aménagement du territoire. Lorsque nous en sommes protégés, notre tolérance à son égard diminue: qui n’a jamais, après une journée dans un bureau insonorisé, tressailli en sortant dans la rue? Et que dire de ces citadins — dont vous faites peut-être partie — qui aspirent à un centre-ville animé, puis au calme de la campagne une fois rentrés chez eux?

Notre dossier met en évidence un autre paradoxe: la musique extrême aide à accéder au calme intérieur. «Le metal nous apaise très vite», confient le chanteur et la chanteuse d’un groupe de death metal iranien, persécutés par les mollahs et actuellement réfugiés à Istanbul.

Cela dit, le silence et la méditation comportent, eux aussi, de solides vertus — que nous dévoile un enseignant bouddhiste québécois. Bref, nul besoin de choisir entre le ramdam et le silence. Les deux approches peuvent s’avérer apaisantes. Ou seulement l’une d’entre elles. Car, et c’est l’un des principaux enseignements de notre dossier, nous sommes inégaux face au bruit.

Alexandre Mariéthoz

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Le choc de la migration

Une migration n’est jamais anodine. Quelles qu’en soient les raisons. Elle implique un déracinement, des changements d’habitude, de culture, des nouveaux repères à trouver, un réseau à retisser, une nouvelle place sociale à définir.

Alors, quand la migration est forcée, qu’elle est synonyme de fuite pour échapper à l’extrême pauvreté, à la violence, à la menace, à la mort; quand elle implique un long voyage, périlleux et épuisant; quand au bout du chemin l’accueil est frileux, que le risque d’être renvoyé à la case départ est permanent... la rupture est d’autant plus abrupte, l’isolement plus important, les conséquences psychiques quasi inévitables. «En quittant mon pays, j’ai tout perdu», illustre Fidel dans le témoignage que nous publions dans ce dossier consacré à la migration et à son impact psychique.

La dépression, les troubles anxieux, le syndrome de stress post-traumatique sont d’ailleurs fréquents parmi les migrants forcés et, en particulier, les personnes dont la situation relève du domaine de l'asile. Les deux médecins spécialistes interviewés dans notre dossier sont unanimes à ce sujet. Les comportements à risque, comme la consommation de stupéfiants, sont eux aussi répandus, expressions d’un mal-être profond.

Pour répondre à cette détresse, des établissements se sont spécialisés dans la prise en charge des migrants, comme le Centre pour les populations vulnérables, à Lausanne, ou le Centre ambulatoire de psychiatrie et psychothérapie de La Servette, attenant aux HUG à Genève. Des associations comme Appartenances font également un travail remarquable, proposant des consultations individuelles, des prises en charge à long terme, et oeuvrant pour la prévention de la santé chez les migrants. Sans compter le travail indispensable que fait Médecins sans Frontières pour soutenir les réfugiés dans les camps proches des zones de conflits et pour redonner un semblant de normalité à leur vie.

Reste que de nombreux migrants (sur)vivent encore chez nous sans aucun accompagnement socio-psychologique, alors qu’ils en auraient besoin. Par isolement, pour des raisons culturelles, par sentiment de honte, par manque d’information. Des efforts pour renforcer l’accès aux soins sont actuellement déployés. Il est urgent de continuer sur cette voie et, plus généralement, d’améliorer les conditions d’accueil des migrants et des personnes qui dépendent du droit d’asile pour, enfin, adoucir quelque peu le choc de leur migration.

Stéphanie Romanens-Pythoud

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Tout est dans le dosage

Faire du sport participe indéniablement à une bonne hygiène de vie. C’est bon pour le corps, mais aussi pour la tête. La satisfaction de l’effort accompli, la détente tant corporelle que psychique sont quelques-uns des bénéfices ressentis après un effort physique.

Nous le savons probablement tous, intuitivement et/ou par expérience. Et pourtant... Qui peut affirmer ne jamais s’être trouvé des excuses pour éviter l’effort? Alors, quand la maladie psychique frappe et qu’il devient même difficile de trouver la force pour se lever le matin, pas étonnant que la pratique d’un sport devienne impensable, un horizon inatteignable.

Il est néanmoins désormais prouvé que renouer avec une activité physique régulière contribue au rétablissement. Faire une courte promenade ou simplement s’adonner à une activité ménagère simple peut suffire. L’essentiel est de se mettre en mouvement en douceur, de retrouver progressivement un rythme, d’oxygéner son cerveau, d’éprouver à nouveau, peu à peu, de l’autosatisfaction et du plaisir. Notre dossier consacré aux effets du sport sur la santé mentale le montre bien.

Comment mettre le pied à l’étrier quand on vit seul, ou lorsqu’on n’a plus goût à rien et que l’on n’éprouve plus aucune motivation? C’est là que l’entourage peut jouer un rôle important. Des initiatives comme les marches hebdomadaires organisées au Graap ou les activités proposées par d’autres organismes peuvent également aider la personne à faire le premier pas.

À un autre niveau, la santé mentale est également un enjeu essentiel pour les personnes qui pratiquent un sport à haute dose, comme les sportifs professionnels. Pour gagner, ils doivent bien sûr travailler leur corps, mais ils doivent aussi se sentir forts, invincibles et apprendre à cacher leurs faiblesses lorsqu’elles surviennent... Un jeu qui n’est pas sans conséquence. Les burn-out, les dépressions et les addictions sont fréquents dans ce milieu. Des problèmes que l’on trouve également parmi les sportifs amateurs. Selon le psychologue Lucio Bizzini, 4% de la population sportive serait touchée par une addiction au sport ou présenterait des comportements à risques.

Alors oui, le sport est nécessaire et bénéfique pour chacun, à tous les niveaux. Encore faut-il savoir doser sa pratique.

Stéphanie Romanens-Pythoud

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Un grand boulversement

La retraite ne laisse personne indifférent. Liberté retrouvée, repos bien mérité pour les uns... inactivité forcée, retrait social pour les autres. Un mélange de ces perceptions pour beaucoup. Des personnes planifient leur retraite minutieusement des années auparavant, «pour être prêts», alors que d’autres préfèrent ne pas y penser et se laisser porter par ce qui adviendra.

Toutes les attitudes sont possibles face à cette étape. Mais au fond, qu’est-ce que le basculement dans le 3e âge implique? Et qu’est-ce qu’il change plus particulièrement pour les personnes concernées par la maladie psychique? «Diagonales» s’est penché sur ces questions dans son nouveau dossier.

«Il est faux de croire qu’à la retraite, on ne travaille plus. Vieillir, c’est un travail», avertit le Dr Karsten Ebbing, du Service universitaire de psychiatrie de l’âge avancé au CHUV. Fondamentalement, il s’agit pour chacun de se réinventer une identité sans lien avec une activité professionnelle, de trouver un nouveau rythme de vie et un nouvel équilibre familial et social. Un chemin qui se fait plus ou moins facilement pour la personne retraitée, mais aussi pour son entourage.

Outre ces rééquilibrages, la fin de l'activité professionnelle engendre aussi une diminution des relations sociales, voire un profond isolement pour de nombreuses personnes malades. L'aspect financier représente également un élément central - et complexe - de la retraite. AVS, LPP, 3e pilier... Il n’est facile pour personne de s’y retrouver et de savoir exactement quel sera son revenu à la retraite.

À ces difficultés touchant tout un chacun s'ajoute, pour les personnes malades psychiques qui atteignent les 65 ans, le passage parfois abrupt de la psychiatrie adulte vers la psychiatrie de l’âge avancé. Une transition que les patients vivent assez mal, reconnaît la Drsse Montserrat Mendez, responsable du Centre ambulatoire de psychiatrie de l’âge avancé du CHUV. Le terme «âgé», davantage associé au 4e âge, ne convient pas à tout le monde. Et surtout, c’est une nouvelle organisation, de nouvelles équipes auxquelles il faut s’habituer.

Tous ces changements font de la retraite un grand bouleversement, qu’il importe de préparer autant que possible en amont. Des programmes et des soutiens comme ceux que proposent l'Avivo ou Polyval permettent d'adoucir le changement. Il n'empêche que, pour certains, l'étape reste difficile à vivre. Le témoignage que nous publions dans ce dossier le montre sans détour.

Stéphanie Romanens-Pythoud

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Travail : entre valorisation et perte de sens

Le travail, source de valorisation personnelle ou de perte de sens ? Moteur pour avancer ou objet d’angoisse ? Comme bien souvent, les réponses sont différentes pour chacun de nous, en fonction du contexte professionnel, des conditions de travail, de la période de notre vie et de bien d’autres facteurs.

On peut néanmoins affirmer qu’à l’heure actuelle, le travail est une valeur centrale dans notre société. Il détermine une partie de notre statut et de notre rôle social. De notre identité ? Du coup, quand il devient source de stress et de mal-être, le problème en est d’autant plus important.

Si la souffrance psychique au travail a toujours existé, les troubles qu’il génère aujourd’hui sont d’un genre nouveau, comme le souligne Viviane Gonik dans notre dossier consacré au lien entre travail et santé mentale, thème du prochain congrès du Graap qui aura lieu les 18 et 19 mai 2016 au Casino de Montbenon, à Lausanne. L’épuisement professionnel, le burn-out, comme on l’appelle, est devenu un mal qui touche de plus en plus de monde, toutes professions confondues.

Certaines entreprises et institutions ont mis des dispositifs en place pour tenter d’éviter ce malaise à leurs employés, à l’image des Hôpitaux universitaires genevois. Il n’empêche que ces initiatives sont encore rares, trop rares. Or lorsque la rupture avec le monde professionnel est consommée, en raison d’un épuisement ou d’autres causes, il peut être extrêmement difficile de se réinsérer sur le marché du travail. Voire impossible.

Des initiatives comme le programme RESSORT, mis en place par le CHUV, permettent avec un certain succès à des personnes souffrant de troubles psychiques de (re)trouver un travail dans l’économie libre, par le biais d’un soutien individuel sur mesure.

Mais lorsqu’un tel projet n’est pas possible ou souhaitable à moyen ou long terme, comment éviter l’exclusion dans une société qui donne tant de poids au travail ? Pour le Graap, il s’agit d’accompagner la personne dans un projet de vie adapté à ses désirs et à ses ressources. Au-delà du travail sur la confiance, les compétences, le rythme, il s’agit aussi de tisser des liens avec la société par le biais d’actions communautaires et, dans le cadre de certains de ses programmes, de collaborations commerciales.

Plus généralement, l’enjeu est de faire en sorte que le travail (re)devienne une ressource.

Stéphanie Romanens-Pythoud

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